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Chez une magicienne

Elle prépare des mixtures pour ses enduits décoratifs, remonte le temps comme bon lui semble… Catherine-Hélène nous ensorcelle, avec un sens de la déco à nul autre pareil.

ZOOM

Ouverture sur le rêve. Du petit salon, dont les murs sont tapissés de toile à matelas, on découvre la chambre d’amis et son lit à baldaquin paré d’un ciel de lit en boutis aux motifs inspirés des Indiennes de Nîmes. En tête de lit, fanions de procession chinés.

De toute éternité. Hommage au château de Chenonceau et à l’enchanteresse Diane de Poitiers ? Figés dans la pierre, deux lévriers du salon d’hiver auquel on accède par de splendides portes en chêne XVIIe d’origine.

Sous le regard d’un saint, la décoration du salon d’hiver compose une jolie nature morte : fauteuil crapaud revêtu de toile de jute, table de chevet XVIIIe, terre cuite vernissée.

Nichée dans une alcôve tapissée de tissu imprimé de scènes naturalistes, table demi-lune début XIXe chinée.

Mi-salon mi-boudoir. Le ton est donné par une méridienne retapissée d’un tissu Braquenié par Isabelle Ambrosini, couturière et tapissière à Jouqueviel. Le mur en briques crues affiche une collection de planches d’herbier trouvées aux Puces jouxtant, au-dessus de la cheminée, un meuble gallois de style gothique dont l’intérieur a été tapissé de toile de Jouy.

À l’heure du thé, le petit pavillon XVIIe siècle, niché au fond du parc, ouvre ses portes sur un décor lambrissé de planches en peuplier brut. Service à thé Napoléon III, nappe en soie et lin rebrodée (Comoglio). Sous le lustre à pampilles en cristal (non-électrifié), la table est dressée propice à des dîners festifs.

De part et d’autre d’une porte condamnée, les montants peints en vert amande sont ornés de camées en plâtre représentant des gentilshommes anglais du XVIIIe et XIXe siècles. Assiettes en faïence de Paris, carafes en cristal de famille.

Les heures s’égrènent paisiblement près de la cheminée dont les joues et les montants sont d’époque XVIIe. Elle accueille le piano de cuisson et une collection de moules à madeleines en étain en clin d’oeil à... Marcel Proust.

Ambiances inspirées. Un bénitier en marbre brut du XVIIIe siècle (chiné aux Puces d’Albi) a été recyclé en évier d’appoint pour y laver légumes et salades du potager. Dessus, un mortier de pharmacie en marbre brut.

L’embrasure de la fenêtre abrite l’évier pour profiter d’une vue dégagée sur le jardin.

Cabinet d’estampes : d’authentiques gravures du XIXe chinées ont été photocopiées et recolorées à l’encre par Catherine puiscollées sur le mur et « glacées » (protégées) par un vernis.

Encadrée par deux miroirs ovales en bois brut, la grande table de travail de Catherine, aux pieds galbés et au plateau en marbre, réunit revues et ouvrages d’histoire. Au sol, quatre kilims de même facture habillent le vieux plancher.

Le classique revisité Une armature de paravent à trois panneaux fait office de porte-serviettes. Deux meubles lavabos, éloignés l’un de l’autre, encadrent l’embrasure de la fenêtre dans une volonté de symétrie et de perspective.

Dans la tour éclairée par un «fenestron», la baignoire en cuivre de récupération a été montée sur un socle en plâtre patiné pour recevoir les évacuations.

Joli subterfuge. Une porte symbolique délimite la frontière avec la salle d’eau. Le lit à baldaquin (Ikea) a été métamorphosé par Catherine-Hélène : patiné et poncé, il a été revêtu d’un ciel de lit en tissu « Arbre de vie » (Colefax and Fowler).

    Un air de campagne chic, inspiré du XVIIIe siècle souffle dans les décors imaginés par Catherine-Hélène Frei, décoratrice d’intérieur. Il suffit de pousser la porte de son imposante demeure de Pampelonne pour prendre la mesure de tout son talent. C’est dans un ancien château dont les fondations remontent au XIIIe siècle, autrefois entouré de douves et accessible par un pont-levis, qu’elle et son mari, l’écrivain Pierre Frei von Auffenberg, auteur du roman « Terminus Berlin », ont posé leurs valises il y a presque dix ans.

    Un cadre d’exception pour cette décoratrice dont le sens artistique a pu s’exprimer pleinement dans toutes les pièces de la maison, dotées chacune d’un caractère unique. Grâce aux techniques décoratives mises en œuvre et à un sens poussé du détail, elle a réussi à apporter l’illusion parfaite de la patine du temps, en relation étroite avec le passé de la bâtisse. Caséine, colle de peau de lapin, œuf, cires, chaux… Catherine n’hésite pas à dévoiler ses secrets de décoration qu’elle puise dans le savoir-faire des “anciens“ pour les remettre au goût du jour. Ainsi, la peinture à base de colle de peau de lapin mélangée à différents pigments naturels, donne aux boiseries et huisseries une matière picturale inégalée.

    Le décor des murs se réchauffe de peintures à l’aspect velouté ou d’enduits à la chaux travaillés à l’ancienne comme le « gesso ». Cette technique, qui remonte à la haute antiquité égyptienne, permet de réaliser des surfaces lisses et poreuses, d’une grande finesse. Les procédés de Catherine-Hélène rappellent parfois les recettes de nos grands-mères : si certains vieux planchers d’origine sont poncés, peints et patinés, d’autres ont reçu une simple décoction de violette pour faire ressortir le veinage du bois. Pour créer ses mises en scène, son imaginaire se nourrit de ses trouvailles à travers les brocantes, les vide-greniers de la région mais également aux Puces d’Albi. Un rendez-vous hebdomadaire incontournable où elle rencontre ses antiquaires préférés.

    Son travail s’inspire aussi de ses visites dans les maisons-musées, comme celle de John Soanes (grand architecte du XVIIIe siècle) à Londres, dont elle apprécie l’atmosphère onirique : une savante et envoûtante profusion de moulages, maquettes et tableaux. Elle se rend aussi souvent au musée Jacquemart-André à Paris, ce magnifique hôtel particulier du XIXe siècle pour contempler l’éblouissante collection de peintures du XVIIIe siècle français. C’est sa connaissance approfondie de l’histoire de l’art qui a permis à Catherine-Hélène de jouer avec les styles et les époques et de les réinterpréter à sa manière : « J’aime revisiter les styles décoratifs du XVIIe au XIXe siècle, en leur insufflant un esprit personnel à l’accent moderne », explique-t-elle.

    Modèle d’unité et de bon goût, la vaste cuisine s’inspire du style gustavien. Poutres et portes peintes en gris-bleuté, chaises cannées blanchies, estampes recolorées à l’encre en décor mural, plancher peint et patiné en bleu-gris… constituent une toile de fond idéale pour mettre en valeur les objets chinés ou de famille. Les chambres évoquent l’esprit à la française que Catherine-Hélène affectionne et qu’elle fait revivre de façon décalée et fantaisiste. Les tissus choisis chez les éditeurs anglais – unis, rayés, fleuris, imprimés stylisés – renforcent la théâtralité du lieu par leurs effets de matières, leurs textures parfois opposées. Dans son bureau aux allures de cabinet de curiosités, elle peaufine de nouveaux décors. Ici, le « fait maison » apporte un vrai supplément d’âme.

    Merci au Comité Départemental du Tourisme du Tarn pour son accueil chaleureux.

    Reportage réalisé par Patricia Prioton. Photos Marie-José Jarry
    Campagne Décoration N°61 Janvier 2010

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