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Faites comme chez vous

Halte sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, dans la maison de Marylou. La table est déjà dressée. Entrez, vous êtes les bienvenus.

ZOOM

Or et caramel, une teinte gourmande pour une table qui promet bien des délices. Assiettes, verres, couverts, serviettes, ronds de serviette et nappe aux impressions dorées (Lene Bjerre). Nappe (Isabelle Jeanson). Grands photophores (Point à La Ligne). Rubans (Mokuba). Bougies (Bougies La Française, Lene Bjerre et Point à La Ligne.) Au centre de la table, couronne d’épines pailletées (Coming B). Vacherin glacé au caramel (Arnaud Delmontel).

D’or et de lumière. La table resplendit tandis que les préparatifs s’intensifient près du fourneau.

Sur la nappe monogrammée (Isabelle Jeanson), couverts de service et bijoux de table (Lene Bjerre).

Fruits dorés et bougies se mêlent à la perfection. Gâteau (Arnaud Delmontel), Bougies (Bougies La Française et Point à La Ligne).

Capitonné, un canapé tend ses bras de velours. Posée sur des cagettes, une ancienne housse de cheval d’arçon en cuir fait office de table basse. Cage « Citadelle » en métal doré (Coming B) et son perroquet bougie (Bougies La Française). D’une bonbonnière en verre (Coming B) s’échappent des pommes de pins (Coming B). Coussins et plaid (Arpin)

Méli-mélo de plaids en lama (Brun De Vian-Tiran) et de coussins (Isabelle Jeanson) dans la chambre de Marylou. Boudins coussins à l’aspect de bûches (Chehoma).

Les toits du village en schiste abritent des intérieurs douillets où il fait bon se calfeutrer en attendant la fin de l’hiver.

Au-dessus du monde. La beauté du paysage alentour est l’ornement principal de la maison. En hommage à cette nature, les chambres se font champêtres. Dans le panier, boule piquante pailletée (Coming B), bougie pomme de pin (Bougies La Française), ruban (Mokuba) et guirlande en métal (Coming B). Sur le rebord de la fenêtre, photophores mercurisés, carafe et verre (Chehoma).

    En poussant la porte d’entrée, le froid mordant cède la place à une douce quiétude. Les mains gelées et le visage rougi sont aussitôt oubliés… La maison de Marylou avec ses murs en granit, ses encadrements en pierre et son superbe toit de schiste taillé en écailles de poisson, est typique de la région de l’Aubrac, ce grand plateau en altitude, à cheval sur le Cantal, l’Aveyron et la Lozère. Pour échapper au vent et aux hivers rigoureux, toutes les fenêtres ont été ouvertes sur un seul côté de la maison. Elles offrent une vue magnifique sur les coteaux boisés et l’immense lac au fond de la vallée. Ces paysages de toute beauté n’ont pas toujours été si tranquilles.

    Pour protéger les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle des brigands, le comte Adalard fit ériger, au XIIe siècle, l’abbaye d’Aubrac. L’église romane du XIIIe siècle de Nasbinals ou le château de La Baume, surnommé le petit Versailles du Gévaudan, témoignent eux aussi de la richesse du patrimoine local. En ce soir de Noël, l’intérieur de Marylou est métamorphosé, paré de tons or et caramel en harmonie avec les couleurs de la nature. L’histoire de cette maison pourrait se conter, près du feu, lors de la veillée. Cela commencerait par : « On dit que le hasard fait souvent bien les choses... ». Marylou se souvient : « Quand j’étais petite, ma grand-mère me parlait de son village natal et de son école, situés dans une région dont personne ne parlait jamais, l’Aubrac ».

    La vieille dame lui dépeint un pays rude mais magnifique, où la neige coupe pendant des mois le village du reste du monde. Elle lui décrit aussi une vie simple, authentique, sans artifices, ni superflu. La vraie vie en somme… Les années passent. Un jour, Marylou entend parler d’une maison à vendre, située dans le fameux village dont lui a tant parlé sa grand-mère. L’occasion est trop belle. Avec Max, son compagnon, elle se lance sur les traces de l’histoire familiale. La suite a tout du conte de fée, et c’est pourtant bien vrai. La maison à vendre n’est autre que l’école décrite par sa grand-mère. Sans hésiter, elle se porte acquéreur pour offrir à ses enfants et petits enfants ce dont elle a rêvé toute son enfance.

    Le bâtiment date de 1860. Il est composé de deux entités. Une ligne de séparation sur la façade en témoigne encore aujourd’hui. D’un côté l’école catholique, de l’autre l’école laïque ! Un atelier de menuiserie a également occupé les lieux quelques années. Lorsque Marylou découvre la maison, elle est en ruines, mais les enfants, Aurélien, Camille, Anthony et Mélissa, succombent à leur tour à la magie des lieux. La famille entière se lance alors dans l’aventure. La charpente et la toiture sont à refaire et, à l’intérieur, le sol est en terre battue. Il ne faudra pas moins de six ans de travaux pour rénover et aménager la bâtisse. Aujourd’hui, l’habitation compte près de 300 m2, répartis sur trois étages.

    Seules les ouvertures d’origine ont été conservées pour préserver l’allure générale de la bâtisse. La vue est toujours à couper le souffle. Au rez-de- chaussée, l’atelier de menuiserie a cédé la place au salon et la grande cuisine s’organise autour de la magnifique cheminée. L’atelier La Boîte Noire s’est chargée d’une décoration que Marylou voulait en osmose avec le caractère rustique de la maison. Alors que les chambres explorent des camaïeux de mauve, de rouge éteint, de kaki et de mastic, l’escalier lui s’est paré de gris. Les salles de bains adjacentes déclinent les mêmes couleurs dans une teinte légèrement plus foncée pour créer une sensation de profondeur. La charpente d’origine, avec ses chevilles en bois, a été laissée apparente et, au sol, les larges lattes en bois ont été teintées pour leur donner une couleur plus foncée.

    Les murs en pierres apparentes ont été recouverts au badigeon de chaux blanc cassé. L’ensemble est à la fois simple et d’une grande élégance. La nuit tombe. Parents, enfants et amis sont enfin réunis et vont bientôt passer à table. Les verres, carafes et plateaux les plus précieux ont été sortis des armoires ainsi que des draps anciens pour faire office de nappes. Ils ont été teints pour l’occasion couleur caramel par Isabelle Jeanson, spécialiste des teintures de tissus sur commande. Les gâteaux sont recouverts de feuilles d’or alimentaire. Un coup de peinture a transformé pommes, ananas et grappes de raisins en trésors précieux et miroitants. Les rayons du soleil font de même avec le ciel au-dessus des montagnes.

    Reportage réalisé par Marie Radot. Photos Christophe Ruffio assisté de Fabrice Paulet
    Campagne Décoration N°60 Nov-Dec 2009

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