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Mariage de blancs

Dans cette auberge trop rustique, lau, artiste peintre, a pris ses palettes et suivi ses recettes de chaux et de patines.

ZOOM

Dans la forêt de Rambouillet, la façade de l’ancienne auberge restaurée par Lau a conservé son cachet d’origine avec son auvent en chaume et ses fenêtres à petits carreaux, promesses d’une belle hauteur sous plafond.

D’une main artiste Lau a balayé l’esprit rustique qui hantait l’habitation : les poutres ont été blanchies, en harmonie avec le mobilier. La lumière a fait le reste.

Quoi de plus naturel ? Peu d’artifices, pas de couleurs… La priorité, c’est la vue dégagée et la luminosité. Une imposante lanterne en métal s’allie à de belles pièces d’époque telles que la table et le buffet Louis XV restaurés et patinés couleur « craie ».

Un ancien meuble de boulanger que Lau a peint au lait de chaux grisé.

Source d’inspiration la nature s’avance jusqu’au bord de la maison où l’on s’imprègne de son doux parfum boisé. Le bonheur à l’état pur.

Elle attire le regard Une tête de lit chinée en brocante, simplement blanchie et posée au mur, surplombe un lit de repos jonché de moelleux coussins aux couleurs poudrées.

Le temps s’écoule tranquillement sous la tonnelle en bois : petits verres de « Biot » (Chehoma), sets de table en paille (Athezza). Horloge « La Traviata » (Robin du Lac).

Piment rouge et tire-bouchon Poisson » attendent d’être utilisés sur un sac à farine ancien monogrammé (Chehoma).

Drôle de conduit ! Un poêle en fonte Napoléon III, chiné dans le Perche, a été « relooké » par un artiste.

La cave à vins de l’ancienne auberge accueille toujours, dans la cuisine, quelques bons crus pour le plus grand plaisir des amateurs.

Création maison. Un ancien volet patiné met en valeur un méli-mélo d’objets chinés et d’ustensiles.

Nuit sereine en perspective. En guise de tête de lit, trois persiennes en bois, juxtaposéees ont été parées de fins brise-bises monogrammés en lin naturel. Un ancien pupitre d’écolier et un tabouret dont l’assise est un rondin de bois (Robin du Lac) composent un coin-bureau discret. Lampe de chevet (Jardin d’Ulysse). Boutis « Cherry » et coussins en lin et cuir (En Fil d’Indienne).

Sans ostentation un drapé en chanvre souligne l’originalité d’anciens volets qui font office de double porte.

Le zinc à l’honneur. Conçu à l’origine pour un usage extérieur, le lavabo, pliant et amovible, est muni d’une réserve d’eau (Mis en Demeure). Des dalles en zinc tracent le chemin jusqu’à la baignoire. Serviettes (Yves Delorme). Miroir (Woods & Willow), Lettres en zinc (Athezza).

Élixir de beauté. Fiole pour huile de bain et porte-savon (Chehoma).

    Tout commence en 2005. François, Lau et leurs deux fils n’hésitent pas à quitter Paris pour une nouvelle vie. Alors qu’ils sillonnent la belle forêt de Rambouillet, ils tombent sous le charme d’une ancienne auberge aux allures pittoresques qui répond à la délicieuse appellation d’« Auberge des Bruyères ». L’histoire raconte qu’elle fut un relais de chasse de style rustique dans les années quarante. Acquise par une famille anglaise, elle devint une belle et grande maisonnée puis, dans les années quatre-vingt, elle se transforme en un restaurant de renom qui verra passer grand nombre d’artistes comme Gabin, Coluche… Lau, avec l’oeil affûté de l’artiste-peintre pour découvrir l’insolite, suit ce que lui dicte son instinct.C’est écrit, elle redonnera à l’auberge sa vocation de joyeuse maison de famille.

    Très vite, elle fourmille d’idées pour mener à bien son installation et s’engage alors dans une nouvelle aventure qu’elle appelle avec beaucoup de malice « mission créative ». Il faut dire qu’après quelques années à l’École du Louvre, Lau s’est enrichie de toutes les techniques et s’impose aujourd’hui en tant qu’artiste à part entière. Elle peint des tableaux abstraits – dont les symboles sont représentatifs de sa vie – qu’elle réhausse de matériaux divers (ficelle, métal…). La configuration du rez-de-chaussée convient bien à notre heureuse propriétaire. Elle connaît les bienfaits de la nature sur son inspiration et tient beaucoup à conserver telles quelles les vastes pièces largement ouvertes sur l’extérieur.

    Sans trop les meubler afin qu’elles soient faciles à vivre et restent lumineuses. Il ne s’agit pas pour Lau, de remodeler l’espace mais plutôt de le « relooker », toujours dans un souci de naturel. Les peintures murales révèlent tout son talent. On s’en aperçoit d’emblée : des murs ocres peints à la chaux ensoleillent l’entrée Tout en conservant le secret de ses astucieux mélanges, Lau nous en donne les ingrédients : « J’utilise une technique marocaine basée sur de la cire, du savon noir, du diluant, du sable et des pigments naturels. Pour le sol, en béton, j’opte aussi pour une finition irrégulière qui ajoute, à mon sens, un cachet personnel à l’endroit ».

    Une façon originale d’allier son art à la la décoration. Certains de ses tableaux donnent aussi le point de départ de l’atmosphère générale qu’elle souhaite offrir à une pièce. Dans la salle de réception, le coin repas ou le salon, une belle lumière naturelle irradie au travers des petits carreaux d’origine accentuant la tonalité de blanc sur les murs et les meubles aux douces patines. On y remarque les oeuvres picturales de l’artiste, dont les couleurs redouble d’intensité dans le classicisme ambiant. Le couple adore également courir les brocantes et les antiquaires dans le Perche ou la Beauce et n’hésite pas à détourner certaines trouvailles de leur fonction initiale : dans l’entrée, de lourds volets anciens ont servi à réaliser une belle double porte ; une tête de lit épouse harmonieusement un lit de repos-canapé dans le salon ; un pan de volet en bois reçoit tout un panel d’ustensiles de cuisine ou encore des persiennes à lamelles font office de tête de lit dans la chambre.

    Dans le même esprit, l’ancienne bergerie est investie d’une nouvelle mission : elle est devenue une salle de bains, au style campagne poétique. Non sans une note d’humour avec, au pied du lavabo, un broc en forme de… pot à lait ! Maintenant, Lau peut apposer sa signature : ce lieu est vraiment le reflet de son âme d’artiste, tout à la fois original et bohême mais surtout authentique.

    Reportage réalisé par Audrey Puigbo. Photos Pierre-Jean Verger
    Campagne Décoration N°59 Sept-Oct 2009

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